Compter sur moi

J’ai fini de compter. Ils sont au nombre de trois. Ça m’aura pris du temps d’en arriver là, mais oui, je confirme. Ils sont au nombre de trois. J’ai tout d’abord cherché à savoir comment j’allais procéder. Compter un sur deux n’aurait pas aidé. Et mon cerveau déconne quand je veux additionner par paquet. J’aurais pu demander à quelqu’un de m’aider, passer un coup de fil pour qu’on vienne m’épauler. Mais je n’y suis pas parvenu. Cela n’aurait de toute façon servi à rien, je ne me souviens d’aucun numéro. J’aurai pu crier peut-être. Maintenant que j’y repense, ça ne me parait pas être une mauvaise idée. La fenêtre est-elle ouverte ? D’ici je ne vois rien. Et puis si elle avait été fermée, il aurait fallu que je l’ouvre. Laissez-tomber.
Je me demande si je n’ai pas un peu de mal avec les chiffres. Je me demande si je ne commence pas à les confondre, les mélanger, les dissoudre progressivement dans ce bain d’acide qui me sert de tête. Combien y en a-t-il déjà ? De nombres j’veux dire ? Ça aussi j’ai oublié. Je sais qu’il y en a beaucoup, mais je ne me souviens plus exactement. C’est cent-quelque chose. Oui c’est ça. Je me disais bien aussi : on oublie pas les nombres aussi facilement. Je me sens étrangement bien maintenant que je sais combien y en a. Le nombre exact.
J’ai mis du temps à me fixer sur la meilleur méthode à employer pour compter. Mais au bout d’un moment, j’ai la cervelle qui a commencé à tourner. Parfois, on cherche vraiment à faire compliqué. C’est moi tout craché. Du genre à faire un double nœud quand mes lacets sont défaits. Tout ça pour mettre deux fois plus de temps (si ce n’est pas trois !) à les défaire. Du genre aussi à ouvrir la porte avant de la fermer. Du genre à écrire avant d’effacer. J’ai toujours trouvé ça chouette de pouvoir compter sur quelqu’un d’autre que soi. Mais là, cette fois, je n’ai pu que compter sur moi. Au bout d’un moment j’ai fini par me décider.
Alors comme ça, aussi simplement que un et un font deux, j’ai choisi de compter un par un.
Ça m’aura pris du temps.
Mais c’est certain. Il ne me reste plus que trois doigts à chaque main.
The internet is for porn
Pour les touristes du web, les interdits de séjour sur Youtube et les Hommes libres qui n’ont jamais joué à WoW, voici un machinima cocasse et célèbre. Un groupe de joyeux Hordeux chantent et dansent au rythme de l’hymne dédié au passe-temps n°1 des internautes : le p0rn !
L’origine de ce phénomène remonte tout simplement à l’une des chansons de la comédie musicale américiane « Avenue Q », version acide et cynique de Sésame Street.
À partir de là, c’est l’hémorragie totale. Et à la manière de la version WoW, tous passent à l’aveu. Harry Potter, Naruto, Bob clament haut et fort ce que les nerds savent depuis la nuit de temps : « The internet is for porn ! »
Boire la tasse pour apprendre à nager
L’interview complète d’Ours Polaire et Manu-xyz est enfin en ligne sur le 17 rue des arts ! La rencontre s’est déroulée au début de l’automne. C’était notre première grosse interview « en live » pour le site. Histoire de corser le café, nous avions pris la décision masochiste d’interviewer deux artistes en même temps. Et pas n’importe lesquels, puisque Manu-xyz et Ours Polaire, au-delà d’un capital sympathie élevé et d’une générosité évidente, font également preuve d’une succulente complicité. Résultat, l’entrevue a duré plus de 3 heures. Ce qui a provoqué une belle plongée en apnée dans une énorme pelote de laine lorsqu’il a fallu dérusher l’enregistrement audio et les notes écrites. Les preuves étaient là, irrécusables : nous avions été mangés tout crû. Données en pâture à des plantigrades (© Charlotte) affamés et joueurs, nous ne sommes parvenus à tenir fermement le cap. Entrainés par la bonne ambiance et les milliers d’anecdotes de nos invités, nous avons lentement glissé dans un transfert des rôles. Curieux et gourmands, nous étions devenus trop passifs pour donner le ton (© Mark). Ceci dit, l’interview fut un excellent moment et nous sommes malgré tout arrivés à nos fins. Et puis, rien de tel qu’un premier exercice de haute voltige pour enfiler les étourderies et les maladresses comme on enfile le bœuf et les poivrons sur une brochette.
Des brochettes qui, au final, ont tout de même le bon goût des échanges sucré-salés entre nos deux mammifères poilus. Pour goûter c’est par ici l’entrée et par ici le dessert.
Ask Me No Questions, I’ll Tell You No Lies
En tant que vieux fan bourru de la série Urgences, je me suis offert les 8 premières saisons en DVD. C’est un rituel depuis quelques mois : je mange en regardant deux épisodes. Je vous propose ce questionnaire pour tester vos connaissances sur cette succulente série télévisuelle.
Hit by a bus I
Il y a, dans l’univers du cinéma et des séries, une ritournelle dramatique que j’aime détester. Il s’agit d’une grosse ficelle permettant à un scénariste cruel -ou en manque d’idées- de faire disparaitre un personnage. Si les premières fois, on peut se faire surprendre, on finit par « sentir le truc venir ». Ce qui ne retire rien au plaisir de voir s’exécuter la sentence mécanique, même si certains auteurs ont fini par jouer avec ce « c’était sûr ! ». Je vénère le « hit by a bus », c’est pourquoi je lui dédie un chapitre.
Voici la première scène, qui contient forcément un spoiler sur le personnage concerné et la couleur du bus coupable. Il s’agit de Final Destination.
Finalement, j’ai préféré créer un Tumblr pour alimenter cette rubrique des chiens hommes écrasés : hitbyabus.tumblr.com
La myopie des souvenirs
Je ne me souviens plus très bien de la dernière fois où j’ai écrit un billet dans un blog qui serait le mien. En fait, je ne m’en souviens plus du tout. C’était, je crois, il y a plusieurs jours et plusieurs mois, auxquels il serait juste d’y ajouter quelques années. Mon premier blog est né à une époque où il était amusant d’observer ces visages à qui l’on tentait d’expliquer en quoi cela consistait ( »un journal de bord »). Il a rapidement muté en une entité hybride, un cocon partagé avec ma colocataire virtuelle. Une aventure originale et particulièrement généreuse. Puis, je suis redevenu un auteur solitaire. J’ai arrêté de scanner mes notes de français et de partager mes colonnes. De ce dernier acte de journal intime, je ne garde aucun souvenir précis. Tout est là, enfoui dans des fichiers zip comme on préserve des secrets dans une boite. Mais je n’ai ni réussi, ni essayé de rouvrir la boite. À la place j’ai écrit pour raconter une histoire qui n’est pas encore terminée. Ne soyez pas trop curieux, je vous en reparlerai. Car, sachez-le, la flamme s’est estompée dans l’obscurité, mais elle est tenace. Et si depuis j’ai scotché mes doigts avec des bandes de mutisme, il me reste de la suite dans les idées.
Voici donc L’eukalyptus, mon 4ème carnet.






